Trois questions à Philippe Corcuff sociologue (Le Monde 29/09/2005 Extraits)

Trois questions à Philippe Corcuff sociologue (Le Monde 29/09/2005 Extraits)

Trois questions à Philippe Corcuff, sociologue.

Qu'y-a-t-il de nouveau dans le "détournement" du cargo Pascal-Paoli par des salariés de la SNCM ?

Dans les luttes ouvrières, ce type d'action est assez ancien. Elles se produisent souvent quand les salariés sont le dos au mur. Ils s'emparent alors de l'outil de travail, occupent ou s'approprient leur usine, comme Lipp dans les années 1970.

 
Ces actions les mènent parfois à verser dans l'illégalité. Les salariés de la SNCM n'avaient pas vraiment d'autres moyens de souligner une situation d'urgence.

Dans le cas du Pascal Paoli, la nouveauté est qu'il s'agit d'un bateau. Mais dans le fond, on peut prendre l'idée que le bateau est une usine. Donc en cas d'occupation, il est fréquent que les gardes mobiles ou les CRS interviennent.Toutefois, en envoyant des militaires et en particulier le GIGN, c'est comme si le gouvernement voulait signifier que l'action des marins de la SNCM est un acte de guerre...

D'autant que certains membres de la majorité ont parlé de "piratage" ou de "détournement"... Utiliser de tels symboles est dangereux à un moment où les médias parlent beaucoup de guerre et de terrorisme.

La réaction du gouvernement est-elle inhabituelle ?

Habituellement, le gouvernement ne répond pas aussi rapidement à ce type de situation, et il ne dramatise pas autant. Par exemple, quand les agriculteurs mènent des actions contre des préfectures et qu'il y a des saccages, l'armée n'intervient pas. Les forces de l'ordre, habituées, se contentent souvent de les canaliser, car ils font partie de la clientèle du gouvernement. Il y a donc deux poids deux mesures. [...]