Lettre ouverte aux élus de l'assemblée de Corse - 01/02/2008
Ligue des droits de l’Homme
Comité de Corse – Section d’Ajaccio
2, rue Gabriel PERI – 20 000 Ajaccio
Ajaccio, le 01/02/2008
Lettre ouverte aux élus de l’Assemblée de Corse
La Corse, où l’idée du dialogue et d’apaisement semblaient progresser depuis quelques années, glisse de manière accélérée vers un retour à la logique diabolique « violence-répression ». A cette violence, qu’il s’agisse d’exactions individuelles ou de violence politique assumée, le gouvernement répond par l’idée de mettre la société sous contrôle de caméras, le renforcement dans notre île des effectifs policiers déjà considérables, la limitation du droit de manifester, les dérives de la justice spectacle, les abus de la détention provisoire et des perquisitions brutales, l’intervention des forces de police au sein d’un prétoire et contre un avocat, le fichage ADN généralisé et des formes de soupçon collectif. Or la réalité des causes profondes du malaise ne peut être passée sous silence. Le chômage, le coût de la vie, la modestie des revenus et des salaires, la stagnation voire le marasme économique dans notre île, l’angoisse de la perte des repères culturels, les dysfonctionnements graves des conditions d’exercice de la démocratie sont des fléaux également vécus comme des violences et lourds de conséquences.
Dans quelques jours, Mesdames et Messieurs les élus, vous serez réunis en session. Après la condamnation logique et nécessaire des faits et des dégradations qui ont porté atteinte à la réputation et aux installations de la Collectivité territoriale de Corse, vous devez absolument vous interroger sur le sens des formes abusives d’interpellation dont vous avez été l’objet. Si les locaux de l’Assemblée de Corse ont été occupés, si les présidences de cette institution ont été directement interpellées, c’est que les lieux de représentation de l’Etat étaient inaccessibles, de ce coté le dialogue semble devenu impossible, et que vous êtes pour le peuple, les interlocuteurs naturels.
Lorsque les citoyens ne vont pas bien, lorsque la société exprime des souffrances, plus que jamais, les élus doivent dialoguer, écouter, entendre, parler. Le silence ou l’incapacité à se poser en médiateurs serait vécu comme un manquement grave à leurs obligations. La démocratie y perdrait une part de son crédit. Dès lors, comment s’étonner que les institutions qui symbolisent la démocratie deviennent les cibles de mauvaises colères et de ressentiments.
Il ne faut pas laisser les colères des citoyens, quelle que soit leur opinion, à la porte des assemblées élues. Il ne faut pas entendre ces colères uniquement lorsqu’elles débordent les cadres de la loi. Il ne faut plus laisser la démocratie se déliter.
La Ligue des Droits de l’Homme vous demande de reprendre la parole, de reprendre l’initiative d’un cheminement pacifique, de poursuivre le dialogue amorcé le vendredi 25 janvier entre certains d’entre vous et les représentants de la société civile, et d’exiger de ceux qui ont en charge l’ordre public un retour à la raison, au sang froid, au respect des libertés et de la dignité des citoyens. Une exigence qui reste d’actualité malgré la rencontre avec le 1er ministre si l’on en juge par les évènements graves qui se sont produits au tribunal d’Ajaccio le jour même de cette rencontre et si l’on met en perspective d’autres procédures en cours contre les organisateurs de la manifestation du 12 janvier dernier. C’est ensemble que nous devons travailler si nous voulons trouver les moyens de substituer l’apaisement et l’expression pacifique des conflits aux logiques d’affrontement et aux violences. »
