Si proches et si lointaines - éditorial - Michel Tubiana - LDH Infos 2004
Paru dans LDH Info 11/2004
Si proches et si lointaines
La Corse est à peu de distance du continent, la Polynésie est à 18-000 km de l'Europe.
Leurs représentants étaient tous deux présents à la dernière réunion du Comité central.
Au-delà de l'insularité qui est leur est commune, les situations ne sont pas les mêmes et la comparaison trouverait vite ses limites.
Pourtant, malgré ces distances tant géographiques que contingentes, on y retrouve les mêmes préoccupations et les mêmes réponses de la LDH.
La démocratie y fonctionne mal.
Le clientélisme tourne à plein régime et les scrutins n'ont pas la sincérité que l'on serait en droit d'attendre. L'État de droit n'est pas respecté. La Corse balance entre la section antiterroriste et une violence, de droit commun ou politique que rien ne peut justifier. La Polynésie voit s'étaler sous l'œil complaisant des différents gouvernements français tous les stigmates d'une république bananière; milice privée de M. Flosse, corruption érigée en norme ou achat des votes. La religion, facteur si important dans la vie quotidienne des polynésiens est d'autant plus facilement instrumentalisée que la loi de 1905 n'est pas applicable.
Dans les deux cas, le travail des militants de la LDH est de raviver le fonctionnement démocratique de leur société et de maintenir une démarche citoyenne. Ceci suppose un investissement au quotidien qui ne va pas sans déranger les intérêts les plus divers, ce qui ne manque pas de provoquer l'ire de certains. Si la question du racisme n'a pas la même prégnance en Corse ou en Polynésie, dans un contexte ou la question des identités de ces deux territoires est posée, le rejet de l'Autre n'est jamais très loin. Sans que la Corse soit une particularité dans la France d'aujourd'hui (le racisme n'est pas une affaire Corse !) relevons qu'un certain discours conduit à l'enfermement et à nier la diversité légitime de ceux qui vivent en Corse. Que ceci amène à se livrer à des exactions, puis à menacer les militants de la LDH et à s'en prendre physiquement à son délégué régional André Paccou est proprement intolérable. C'est la solidarité de la LDH tout entière que j'exprime ici.
Enfin, la Polynésie et la Corse ont une existence culturelle qui s'inscrit mal dans les canons d'une République qui n'a toujours pas compris que l'universalité de ses valeurs n'est en rien contradictoire avec des identités culturelles multiples. Plus encore qu'en Corse, la Polynésie connaît une situation caricaturale. On y parle Polynésien, ce qui est la langue pratiquée par la grande majorité de la population mais le français continue à être enseigné comme la langue maternelle. La séance du conseil municipal se déroule en Polynésien mais le procès-verbal est rédigé en français. Il s'en suit un échec scolaire important ainsi qu'un sentiment de mépris à l'égard des polynésiens. La langue Corse, dans un autre contexte puisque le français a acquis la dimension d'une langue véhiculaire. est tout aussi ignorée. Au point qu'elle devient un facteur de ségrégation. Reconnaître ces réalités, ce n'est pas porter atteinte aux valeurs de la République, c'est admettre que ses principes s'appliquent a tous et qu'ils s'enrichissent du respect des identités de chacun. Là réside le véritable universalisme.
En Corse ou en Polynésie, ce sont les mêmes principes qui valent et qui permettent à la LDH de défendre les mêmes droits pour tous.
