Pacte démocratique - motion - 2005

Pacte démocratique - motion - 2005

 

PROPOSITION DE PACTE
« Pour un nouveau développement démocratique »

  Refuser les fuites en avant et la recherche de boucs émissaires

Rappeler sans cesse le respect des droits de l'homme

Définir une citoyenneté de résidence

Ouvrir de nouveaux espaces citoyens

Décréter une urgence sociale

Faire le choix d'une identité en devenir, à partager ici et maintenant

Participer aux débats qui mobilisent les citoyens du monde


Ces dernières décennies, la Corse a vécu au rythme des drames et des agitations.
Elle a aussi rêvé lorsque le mouvement social et civique revendiquant l'égalité des droits, la
justice sociale et, le pluralisme culturel imposait sa marque sur l'histoire en cours.
Elle s'est mise à espérer à chaque fois qu'un dialogue avec l'Etat était à l'ordre du jour.
Elle a obtenu de nouvelles institutions et des compétences élargies pour construire sa
démocratie locale.

Aujourd'hui pourtant, face aux grands changements qui interrogent toutes les sociétés, la

Corse est à bout de souffle. Pire, elle semble dominée par un sentiment d'impuissance;
celui d'une histoire subie et sans cesse déclinante, entre cycles de violences/répressions et
accalmies sans lendemain; entre reproduction d'un système clanique, et tutelle renouvelée
de l'Etat.

Mais il n'y a pas de fatalité. Nous ne sommes pas indéfiniment prisonniers d'une histoire.
Refusons les fuites en avant. Ne cherchons pas de boucs émissaires; Etat, élus ou
immigrés. C'est en agissant dans le sens d'un nouveau développement démocratique que nous changerons d'époque...

Peut-on raisonnablement espérer un tel développement ?

Oui, si nous instaurons un mode de gouvernement local qui exclut les logiques d'affrontement et refuse les allégeances. Oui, si nous nous opposons systématiquement à la loi du plus fort, politique ou économique, et que nous rappelons sans cesse le respect des droits de l'homme. Commençons par dire que rien ne justifie la violence clandestine, que nous sommes en démocratie, et que seule l'action des citoyens garantit au fond les droits et les libertés.

N'acceptons pas qu'au nom de la sécurité des personnes et des biens, l'Etat s'en prenne à nos libertés et tourne ainsi le dos à l'état de droit.
Exigeons que le suffrage universel soit respecté.
Il faut en finir avec un désordre électoral permanent qui discrédite là démocratie.
Dans l'immédiat, agissons pour mettre un terme au gonflement des listes électorales.
Puis, ensemble réfléchissons à une citoyenneté de résidence qui permettrait que ceux qui
vivent réellement et durablement en Corse puissent exercer pleinement leurs
responsabilités, car ce sont eux qui font la Corse de demain.

Toutefois, la démocratie ne se résume pas au droit de vote.

Sa crise actuelle nous interroge sur les moyens à imaginer pour que les citoyens se
ré-approprient du pouvoir au delà des échéances électorales.
Il ne s'agit pas de démocratie participative mais de lien de légitimité à reconstruire entre la
société civile et les pouvoirs gouvernants.

Nous pouvons user davantage des moyens existants qui permettent de faire de l'assemblée
de Corse, un corps intermédiaire entre le peuple Corse et la république. Mais pour cela, il
nous faut ouvrir de nouveaux espaces citoyens permettant au mouvement social et civique
d'être au centre et non à la marge de notre devenir démocratique.

De toute évidence, la situation actuelle nous impose de décréter, en priorité, une urgence  sociale afin de redonner de la voix à ces dizaines de milliers de Corses, pour lesquels la  citoyenneté s'est abîmée dans la nécessité quotidienne de survivre.

La question de notre développement économique est ici essentielle. Elle ne peut être traitée que dans le cadre d'un projet à la fois porteur de justice sociale, respectueux de notre environnement naturel et garant de notre identité.

Prenons garde toutefois de ne pas confondre identité et défense de l'identité.
Le réflexe défensif porte la tentation de l'exclusion, il nous interdit de penser notre société
telle qu'elle est aujourd'hui, complexe et diversifiée, il nous empêche d'agir pour redéfinir
un 'vivre ensemble' conforme aux changements actuels.

Individus libres, composant une même communauté de destin, nous faisons le choix d'une
identité en devenir, à partager ici et maintenant, avec celles et ceux qui vivent et travaillent
en Corse. Nous disposons notamment d'un droit d'inventaire sur ce que nous ont légué les
générations précédentes, espérant que les générations à venir useront de ce même droit
après notre passage. Nous pouvons aussi donner pleinement droit de cité à la langue Corse, espace public compris, sans attendre une quelconque autorisation de l'Etat.

Pacifiquement, engageant des démarches de partage entre corsophones et non  corsophones, que les pouvoirs public locaux pourront étayer par des moyens appropriés. Nous devons également mettre à profit les progrès de l'histoire pour mieux interroger notre mémoire collective notamment lorsque celle-ci nous parle de colonisation ou de migration

Cette conception évolutive de l'identité, à la fois travail de la société sur elle-même et  émancipation individuelle, signifie une position de principe évidente, le refus du racisme et de la xénophobie, ainsi qu'une vigilance de tous les instants contre les discriminations qui  sont à la source de réactions communautaristes.

Citoyens du monde, nous sommes quotidiennement concernés par le processus de  mondialisation actuel.

Pluralisme des moeurs et des cultures, crise de la République, intégration européenne, espace méditerranéen à la recherche de nouveaux équilibres, marchandisation des personnes et des biens, menaces sécuritaires et environnementales à l'échelle de la planète...

Participons aux débats qui mobilisent les autres citoyens du monde.
Faisons vivre nos traditions humanistes, hospitalité ou tolérance par exemple, conformément aux enjeux du monde actuel, dans le sens d'une fraternité universelle, notamment en direction des personnes et des peuples en lutte, ou victimes de la guerre de la misère, de l'oppression.

Un développement de la Corse articulant citoyenneté, démocratie et identité n'a d'avenir que si, et seulement si, nous sommes pleinement conscients que la Corse est une terre du monde, et l'humanité, une communauté de destin.